Skip to main content

Yoga, chemin d’union ?

Il est bien connu que le mot «yoga» a pour origine la racine sanskrite «yug». Selon Wikipédia, le mot «yug» se rapporte à: l’action d’atteler, au dressage des chevaux, à un mode d’emploi, technique, une discipline spirituelle, à l’union d’ātman (l’âme individuelle) avec brahman (l’Esprit universel).

yogamrita joug vaches

L’image du joug trouve son origine dans l’activité agricole: l’animal de trait est relié à la charrue par un joug. Le joug est une contrainte, mais aussi un outil qui permet un travail spécifique et efficace. Très souvent, ce sont deux animaux de trait qui sont reliés par un seul joug, afin d’avancer ensemble, sur un même travail. Cette image est non sans rappeler celle de la Mukunda Upanishad qui parle des deux oiseaux inséparables. J’en parle dans un précédent article :

«L’un des oiseaux représente l’âme individuelle. Il vit sa vie comme tout un chacun, dans le niveau de conscience courant. Il se nourrit en mangeant des fruits… qui sont les fruits de son Karma antérieur. Ces fruits représentent sont ceux de ses désirs; ils sont aussi les conséquences de ses actions passées. L’action de manger les fruits, c’est entrer dans le cycle des causes et des effets. Les nouvelles actions engendreront de nouvelles conséquences ou Karma… qui seront elles-mêmes les causes d’expériences futures.
Voici notre oiseau totalement lié à ses Karma: il est, selon la doctrine hindoue, prisonnier du Samsara, la Roue des Morts et des Renaissances, concept proprement oriental. Il lui faudra renaître encore et toujours, sous de nouvelles formes, afin de pouvoir expérimenter les fruits de ses actions précédentes … lesquelles engendreront toujours de nouvelles conséquences!
Notre premier oiseau connaît le besoin d’agir, la faim d’AVOIR et d’expérimenter les plaisirs du monde que nous connaissons. C’est ainsi que se manifeste sa recherche du bonheur.
L’autre oiseau le regarde: il est la Conscience qui nous habite, le Soi, ou l’ « âme » du premier oiseau, pour reprendre un vocable occidental. Il ne se nourrit pas de fruits, car il est au-delà de tout besoin, au-delà des jouissances du monde: la loi du Karma (loi de cause à effet) ne l’affecte pas dans sa Nature profonde, qui se suffit à Elle-même.
Le deuxième oiseau est donc libéré des désirs pour ce monde, ainsi que des actions qui portent des fruits (Karma). C’est pourquoi, il ne ressent pas le besoin de manger de fruit. Il n’est pas affecté par le cycle éternel des réincarnations. Le deuxième oiseau est apaisé, repu, sans faim, car il porte en lui la Plénitude, l’entière satisfaction d’ÊTRE. Sa nature profonde est Félicité. Cette félicité est supérieure à tous les meilleurs fruits de ce monde. Il n’a donc pas le besoin, ni l’envie de rechercher le bonheur à l’extérieur de lui-même.»

Si l’on ramène cette image purement védantique à la philosophie du Samkhya, l’on a, d’une part, Prakriti, notre Nature féminine, l’Energie, la force incarnée de la Création, et aussi, dans une certaine mesure, la puissance de l’Inconscient et, d’autre part, Purusha, notre Nature masculine, qui représente la Pure Conscience non agissante, non manifestée, le témoin intouché, qui repose dans sa Vraie Nature. Le Samkhya est la voie qui permet à Prakriti, la Nature manifestée, de se révéler à son Bien Aimé Purusha, la Pure Conscience intouchée … et à Purusha de VOIR Prakriti. Cette reconnaissance permet leur Union… Retour à la vision védantique: Dès lors, Maya, l’Illusion, disparaît, la dualité se dissout, tout comme le sentiment de séparation. Demeure alors l’expérience du UN. Celle du Brahman.
Le Hatha Yoga traditionnel propose un travail physique, énergétique, et d’intériorisation, permettant d’unir la part féminine, Shakti (l’Energie manifestée) et la part masculine, Shiva (la Pure Conscience originelle). Shakti et Shiva sont les deux pôles de notre essence. La tradition les représente d’ailleurs géographiquement, dans le corps humain :

shakti shiva chakra
Shakti siège au niveau du périnée (Muladhara Chakra, le Chakra racine) et Shiva, au niveau de la fontanelle (Sahasrara Chakra). L’expérience de l’union des deux, dans la tradition yogique, est l’expérience de la montée de Kundalini. Shakti vient rejoindre Shiva, dans l’expérience amoureuse ultime de l’extase (ou plutôt « enstase », pour reprendre le terme de Mircea Eliade) : Shakti s’éveille du long sommeil de l’ignorance en Muladhara, et vient s’unir à son Bien Aimé, en remontant jusqu’à sa source, Sahasrara.

Yoga et connaissance de soi : les enjeux du Raja Yoga

Il est dit que le Yoga est une pratique, une méthode de libération spirituelle, fondée sur la théorie du Samkhya, décrite dans les Yoga Sutra par Patanjali. Les Yoga Sûtra décrivent l’univers intérieur de l’homme et des moyens à mettre en œuvre pour se libérer  de la souffrance qui trouve sa source dans l’identification au «je» (égo). Cette voie de la pratique est aussi appelée Râja Yoga, le Yoga de la Voie Royale, car il permet le contrôle du mental. Patanjali rappelle que ce chemin ne peut pas être juste volontariste et solitaire: seule la guidance d’un être qui est passé par ce travail et cette expérience ultime peut guider un autre être sur ce chemin. La pratique des techniques yogiques enclenche un processus de transformation, qui conduira, peut-être, vers les plus hauts niveaux de (supra)conscience ou d’unification de l’être (Samâdhi). Cet état porte lui aussi le nom de «Yoga».
Le Raja Yoga propose une démarche mentale, ainsi qu’une ascèse physique.

Réflexion : j’ai très envie de remplacer le terme «ascèse physique» par «discipline». La seule ascèse physique pouvant être aride et ne conduire à rien. Il y a tellement d’embûches sur le chemin. Attention de ne pas se fourvoyer!

Le Yoga vise:

  • la maîtrise du véhicule psychosomatique,
  • la connaissance et le contrôle de la nature humaine,
  • son intégration vers un but suprême par le contrôle des éléments : maîtrise du corps, des sens, du mental, de la Buddhi, puis immersion dans l’Atman (le Soi).

L’unification du soi est le moyen d’union avec le Divin ou Conscience Universelle.

  • Patanjali définit ainsi l’état de yoga: c’est la «cessation des Cittavritti ou activité psychiques».
  • Le Yoga nécessite: effort constant et patience (Abhyasa) et détachement (Vairagya).

En tant que yogi et yogini du 21e siècle, nous nous référons très souvent aux Yoga Sutra, aux Upanishad, au Vedanta… parfois bien plus qu’à nos ressentis, nos vécus humains, à la connaissance de notre nature incarnée. Or ces textes s’adressent à des personnes pleinement «finies», dans le sens «adulte» du terme; c’est-à-dire des personnes s’étant libérées de leurs problématiques psychologiques (et Dieu sait si nous mettons bien souvent du temps à démêler cet écheveau). Si ce n’est pas le cas, si le yogi ou la yogini n’est pas pleinement «construit», il ou elle entame le cheminement, sans voir ses propres failles. Il risque, surtout s’il n’est pas accompagné par un maître compétent, de se leurrer et de se faire plus de mal que de bien.
Comme je le dis souvent, en yoga, l’on peut avoir tendance à «mettre la charrue avant les bœufs»… Infiniment rares sont les personnes totalement matures et prêtes à l’immense défi que lance le yoga, celui de la libération du désir et de la souffrance qui nous retiennent en ce monde, pour expérimenter la plénitude du Sage réalisé.
Le chercheur spirituel peut avoir le désir «désincarné» de «foncer» vers une maîtrise du corps, de l’énergie et de l’intériorisation (retrait des sens, concentration, méditation) qui le conduira dans les hautes sphères… alors même que la relation «corps – esprit» reste encore conflictuelle en lui. Le yoga est avant tout un chemin de transformation, qui nous prend exactement là où nous sommes… et non là où nous pensons être… et encore moins là où nous voudrions être… La véritable paix se trouve dans le silence, dans la rencontre vraie et bienveillante avec soi-même.
Il convient de d’abord s’ancrer dans la matière, dans notre incarnation, et de faire la paix avec notre nature physique, énergétique, psychique, émotionnelle, intellectuelle. Nous serons alors à même de pénétrer pleinement la dimension spirituelle de notre essence, sans être parasité. Porter de l’attention au corps et aux émotions, ne signifie pas développer un fonctionnement égotique, loin de là. Il s’agit seulement d’être vrai et de plonger courageusement au fond de soi, afin de se connaître véritablement et faire la paix avec soi. Alors, les tensions s’apaiseront.
Selon l’histoire de chacun, ce temps peut nécessiter de l’aide en dehors du tapis de yoga et en parallèle de la pratique. Il peut, par exemple, s’agir d’un travail psychothérapeutique ou d’analyse sur un temps plus ou moins long, selon les besoins. Le développement spirituel de type New Age se révèle souvent insuffisant devant l’incroyable challenge du yogi… Ainsi l’on rencontre d’innombrables Sadhak (pratiquants) de la méditation et du yoga qui se sont consacrés des années à la pratique, mais qui n’ont pas réussi à faire véritablement la paix en eux… ni même, au moins, à apaiser leurs tensions.
Sans un tel travail, de soi à soi, il peut se produire une scission interne, entre l’être humain (très faillible et émotionnel), et l’être qui aspire à un idéal, à la spiritualité, à un certain degré de réalisation.
C’est pourquoi il est si important d’être «vrai» avec soi-même…

Satya, «la Vérité de soi à soi»

Satya, c’est le principe de vérité, la «bonne foi». Satya implique les pensées, les paroles et les actes :

  • Satya, c’est reconnaître tout ce qui est en soi, même les zones d’ombres ou les émotions négatives. Satya est indispensable pour se connaître… sinon, l’on se dérobe à soi-même!
  • Le courage de parler vrai développe les qualités de Manipura Chakra, la force et l’estime de soi
  • Satya est une grande clé du yoga, de l’ayurveda et de tout développement personnel ou spirituel
  • Satya, c’est aussi une attitude pendant la pratique du yoga.

… et de pratiquer :

Svadhyaya, la connaissance de soi

Svadhyaya, c’est l’observation de soi, l’analyse et la connaissance de notre personnalité. C’est la prise de conscience de nos forces et de nos faiblesses, de nos ambitions et de nos besoins.
Svadhyaya c’est aussi la capacité de prendre du recul par rapport à soi-même, et de développer l’attitude du Témoin pour observer:

  • la vision que nous avons du monde
  • nos réactions face à lui
  • nos émotions, nos pensées, notre comportement
  • Svadhyaya, c’est aussi une attitude pendant la pratique du yoga.
  • Svadhyaya, enfin, consiste en l’étude des textes sacrés, et l’étude auprès d’un maître ou d’un enseignant qualifié.

 

Introduction à la psychologie du yoga

Psychologie

La psychologie trouve ses origines dans la philosophie et la physiologie. «Psyché», en grec, signifie «âme» ou «mental». C’est donc l’étude de la psyché et du comportement humain.
La psychologie prend en compte les:

  • processus mentaux derrière le comportement
  • Émotions, Sentiments, Attitudes, Pensées, Perceptions, Intelligence, Conscience
  • relations entre ces phénomènes.

Sensations et Perceptions

  • Chacun de nous perçoit le monde à sa manière.
  • La perception choisit les objets et les situations qui ont une signification pour nous, en tant qu’individu, elle focalise dessus… et ignore le reste.
  • Nos perceptions dans un même environnement divergent: tout se passe comme si chacun de nous vivait dans un monde à part.

«A mesure que nous progressons en yoga, nous effaçons nos mémoires ancrées, nos vieilles attitudes, nos suppositions, préjugés et blocages, et nous commençons à voir le monde et les autres sans projeter les anciens schémas qui n’ont de réalité que dans notre tête.»

Dr Rishi Vivekananda

 

Psychologie pratique du yoga

Yoga et attitude mentale

Voici trois qualités essentielles en yoga, mentionnées par le Dr Rishi Vivekananda dans son livre [1], pour avancer :

  • Acception: voir les choses telles qu’elles sont, avec réalisme, et ne pas se formaliser si elles ne sont pas comme nous le souhaiterions, ni fantasmer sur le fait qu’elles devraient être meilleures.
  • Non attente de résultats: contentement, plénitude, ne pas se soucier de ce que l’on ne peut pas changer.
  • Équanimité: Accepter les vicissitudes de la vie telles qu’elles se présentent. «Il n’y a pas de problème qui ne vous offre un cadeau». (Richard Bach)

Nava Rasa, une approche du monde des émotions

Comme je le rappelle sur l’article intitulé «Nava Rasa, les 9 états intérieurs ou émotions», Rasa en sanskrit c’est «l’essence de l’émotion». Ce mot signifie aussi «goût», «eau»,  jus», essence», … et même «félicité». Rasa, dans la culture indienne, c’est, entre autres, une sorte d’énergie, partiellement physique et partiellement mentale. C’est un lien important entre le corps et le mental qui affecte nos pensées et nos émotions. John Marchand explique que les Rasa nous affectent aussi certainement que la loi de la gravité affecte notre corps. Rasa est l’essence de tout ce qui est à l’extérieur et à l’intérieur, c’est la nature sensitive du soi et de l’Univers. Dans notre humanité, nous expérimentons tous, à des niveaux différents, chacun des neuf Rasa.

  • En tant qu’individu, nous avons développé des affinités avec tels ou tels Rasa, qui ont tendance à se manifester plus souvent.
  • Quoiqu’il en soit, tous les Rasa ont en commun leur impermanence: un Rasa vient, s’exprime, puis laisse la place à un autre état intérieur…
  • Chaque instant, chaque vécu a sa propre couleur. Chaque être humain expérimente la vie, au travers du filtre de sa sensibilité, de ses désirs, de ses attachements et de ses répulsions.

Les neuf Rasa de la tradition indienne, qui se retrouvent dans tous les arts, sont :

  • Shringara, l’Amour
  • Hasya, la Joie
  • Adbhuta, l’Émerveillement
  • Shanta, le Calme
  • Raudra, la Colère
  • Virya, le Courage
  • Karuna, la Tristesse
  • Bhayanaka, la Peur
  • Vibhatsa, le Dégoût

Voici la petite vidéo d’une danseuse  qui les présente de façon très expressive:

 

Voici encore un tableau d’après Peter Marchand illustrant les Nava Rasa [2], avec les émotions principales et leurs déclinaisons:

CAPTURE 2018 05 17 a 10.40.27
A ce sujet, je recommande son livre, «The yoga of the Nine Emotions».

Prochain stage de yoga sur les Nava Rasa

Le livre de Peter Marchand a inspiré en moi une profonde réflexion sur la dimension émotionnelle de l’être et un travail de synthèse dans la pratique du yoga. Le stage que je donnerai prochainement dans le Morbihan est le fruit de ce travail. Ce travail est infiniment utile de soi à soi et, pour ceux qui sont aussi professeurs de yoga, dans leur enseignement du yoga.
Pendant ce stage, nous chercherons à :

  • Connaître et reconnaître les Nava Rasa, les neufs états intérieurs ou émotionnels
  • Adapter la pratique du yoga pour s’ouvrir aux Rasa qui augmentent notre énergie, qui développent notre sentiment de bien-être et notre unification sur le plan humain («sentiment d’être dans son axe»), tels que l’Amour, la Joie, l’Émerveillement, le Calme (ou Paix), le Courage. Ces Rasa nous font avancer sur le chemin yogique. Nous pouvons mettre en place une pratique du yoga qui révèle plus spécifiquement ces Rasa.
  • Conscientiser les Rasa qui parlent de nous et transmettent des messages de notre inconscient, ceux qui nous font travailler, voire même souffrir. Ce sont des indicateurs précieux. Utiliser cette prise de conscience, mariée à une pratique du yoga adaptée, permet d’avancer en yoga, tout en soignant l’humain en nous.
  • Connaître l’impact du style de vie et de l’alimentation sur les états intérieurs ou Rasa, selon l’Ayurveda, la médecine traditionnelle indienne holistique.

stage nava rasa
Yoga Sadhana: « Nava Rasa », les 9 états intérieurs ou émotions
du samedi 9 (18h) au jeudi 14 juin (14h) 2018
chez Chrysalide, lieu-dit Nestadio, commune de Plouhinec (56, Morbihan)
avec Michèle Lefèvre
Il reste encore quelques places disponibles.
Bon yoga!
Om Shanti
Michèle Lefèvre

Bibliographie:
[1] Psychologie pratique du yoga, Dr Rishi Vivekananda, Editions Satyanandashram, Paris
[2] The yoga of the Nine Emotions, Peter Marchand, Destiny Books

 

Michèle Lefèvre Granclément

Le Yoga m'accompagne au quotidien depuis longtemps et je le transmets depuis 1991. La méditation et la pratique des différents aspects du Yoga Intégral, les rencontres sur le chemin, et l'étude des textes sacrés / philosophiques, sont mes sources d’inspiration. L'amour de la Nature et l'approche holistique de la santé, depuis l'enfance, m'ont conduite à mettre en pratique conjointement les sagesses de l'Ayurveda et du Yoga, puis à étudier leurs synergies. La Joie et l'évidence de la transmission de ces voies sœurs découlent de cette expérience de Vie.

5 Commentaires

  • M.Mih dit :

    Merci pour cet article.
    Néophyte en yoga, j’ai l’impression que la vulgarisation de cet art, de cette science, a amené beaucoup de simplification. Et de simple à simplet, il n’y a pas grand chose !
    J’apprécie le fait d’avoir lu dans cet article que beaucoup de personnes se réfèrent trop à une théorie, alors qu’ils faut d’abord expérimenter…
    Seuls les « adultes » peuvent se frotter pleinement à la théorie.
    Merci pour l’article 🙂

  • ROBERT dit :

    Merci pour ce bel article qui me parle particulièrement en ces temps rencontrés sur mon chemin. Dommage que ce soit un peu loin et que l’année soit déjà bien remplie en terme de projet, le stage m’aurait bien plu. Si vous le renouvelez en 2019 ou 20 j’espère que l’info me parviendra.
    Namaste.

  • Robert dit :

    Bonsoir Michèle,
    Ayant une expérience des deux registres, je suis en train de travailler sur les rapports de la psychanalyse et la méditation. Pour le travail de connaissance de soi, elles sont beaucoup plus proches qu’on ne le pense. Or, des incompréhensions subsistent des deux côtés, liées à la méconnaissance des pratiquants d’un seul domaine, vis-à-vis de l’autre. Le premier écueil à éclaircir est l’utilisation des termes de la psychanalyse qui ne correspondent pas à ceux utilisés par la méditation et inversement. Alors, quand on traduit des mots sanskrits en français, l’amalgame peut être encore plus important. J’en viens donc maintenant à votre article.
    Vous associez prakriti à la puissance de l’inconscient. En tant que pratiquant vivant en Occident, j’entends tout à fait le mot inconscient, central dans le discours analytique. Mais qu’en est-il dans le discours indien ?
    On n’imagine pas un travail intérieur exploré par une procédure, permettant de découvrir des mécanismes inconscients et refoulés, qui ne seraient pas les mêmes, découverts avec la pratique d’une autre procédure : c’est absurde. Il y a certes une verbalisation différente, mais sûrement pas la découverte d’un contenu caché différent.
    Je pense que ce qui se rapproche le plus du mot inconscient est samskara, les traces du passé qui influencent notre présent. Mais de quel passé s’agit-il ? Du passé de l’enfance décrit par la psychanalyse ou du passé des vies antérieures décrites par l’Extrême-Orient ou, encore, des deux ?
    Le passé infantile, la libido, les stades du développement de l’enfant ne sont pas l’objet du discours de la méditation. Le présent, les vies antérieures, le karma, ne sont pas l’objet du discours psychanalytique.
    Vous voyez bien, là, qu’il y a un dialogue à faire surgir pour harmoniser des savoirs qui vivent la même intériorité avec des mots différents selon les cultures, les siècles et les continents.
    Voici une piste originelle : de part et d’autre des cordes vocales, la parole est à l’extérieur ce que le souffle est à l’intérieur. Ainsi, toutes les fonctions de la parole sont celles du souffle, la fonction symbolique notamment. L’Occident a choisi la parole, tout l’Orient, le souffle pour, en ce qui concerne la connaissance de soi, arriver à la même chose.
    On peut aller beaucoup plus loin, mais cela déborderait le cadre de ce blog.

  • Roselyne dit :

    Bonjour Michèle
    Je parcours votre blog depuis longtemps et je me permets ce premier message.
    Je tenais à vous remercier chaudement pour tous ces partages. Ce dernier article est juste fabuleusement bien écrit, tellement clair et tellement enrichissant. Il faut une belle intelligence pour vulgariser des thèmes si compliqués pour nos esprits d’occidentaux.
    Je rajouterai juste ceci, et que j’essaie d’explorer de plus en plus souvent : sortons de notre mental et de notre soit disant savoir, quittons notre tête et connectons nous à nos cœurs, entre ciel et terre, fermons les yeux, respirons dans cet axe et ressentons. Chuuuuuuuut.
    Malheureusement trop loin de la Bretagne je ne pourrai pas vous rejoindre mais après tout si les choses sont écrites ainsi et elles ne le sont jamais définitivement !
    Belle journée à vous et à tous

  • Tifenn dit :

    Merci Michèle de rappeler combien est grand le danger de confondre le psychique et le spirituel, et que se confronter au Joug(Yug) du Yoga ne peut se faire sans danger lorsque l’on est pas « adulte ».
    Il vient ensuite le moment où le Joug devient léger 😉 : « Prenez mon joug sur vous et recevez mes instructions car je suis doux et humble de cœur et vous trouverez le repos pour vos âmes ».
    Namasté

Répondre

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.